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Investissements d'impact - Naviguer les réalités 

L'investissement d'impact ne relève pas que des idéaux — il s'agit de faire des choix stratégiques face à des contraintes, des opportunités, à l'évolution des dynamiques de marché et des mégatendances.

S'appuyant sur des échanges avec des responsables d'investissement de haut niveau à l'échelle mondiale, cet article distille des enseignements clés sur la manière dont les investisseurs d'impact peuvent traduire l'intention en pratique et met en lumière des considérations importantes qui révèlent à la fois les forces et les défis des mandats d'impact.

S'organiser pour l'impact : équipes dédiées ou intégration ?

De nombreux détenteurs d'actifs disposant d'équipes internes partent du principe que les équipes existantes de capital‑investissement et d'infrastructures peuvent gérer des mandats d'impact parallèlement aux portefeuilles traditionnels. Si cette approche semble efficiente — mêmes personnes, mêmes processus — les allocations d'impact restent souvent modestes et secondaires par rapport aux objectifs financiers principaux. Les équipes traditionnelles qui n'actualisent pas suffisamment leurs processus ou qui manquent d'incitations peuvent limiter leur capacité à saisir des opportunités d'impact, ou affecter des allocations à des produits d'impact facilement déployables plutôt qu'aux opportunités de marché où l'innovation et les besoins sont les plus importants.

Le choix entre la création d'une équipe dédiée à l'impact ou l'intégration de l'impact dans les structures existantes est à la fois organisationnel et culturel. Une intégration efficace exige que les professionnels comprennent explicitement comment l'impact influence les décisions d'investissement tout au long du processus, et qu'elle soit soutenue fermement par la direction. La création d'une équipe dédiée au début du parcours d'impact d'une organisation peut aider à créer un focus et une dynamique initiaux, tout en facilitant l'intégration durable de l'impact à l'échelle de l'organisation.

Définir l'impact

Avant que l'impact ne soit inscrit de manière structurelle au sein d'une organisation, il est essentiel d'en définir le périmètre. Les thèmes d'impact doivent‑ils être définis de manière étroite ou interprétés de façon large pour inclure des entreprises qui renforcent la résilience et génèrent des bénéfices de durabilité plus larges ? Par exemple, des entreprises contribuant aux thèmes de la résilience économique, sociale ou énergétique ne rentrent pas toujours dans les catégories traditionnelles d'impact mais répondent à des enjeux systémiques.

Si des définitions strictes préservent la rigueur, des normes excessivement rigides risquent la paralysie — surtout au vu des difficultés liées aux données d'impact pour des solutions émergentes. L'intentionnalité — un but et un engagement clairs — peut servir de principe directeur. À notre avis, les mandats d'impact doivent être robustes tout en restant adaptatifs afin de suivre l'évolution des besoins sociaux et environnementaux.

Donner une orientation sans être trop prescriptif

Les objectifs génériques, comme attribuer un pourcentage fixe à l'impact, ont tendance à favoriser les segments de marché familiers où l'expérience et l'échelle existent déjà. Les domaines plus innovants, tels que le capital‑risque et les stratégies en phase d'amorçage, peuvent souvent être négligés à moins d'être ciblés explicitement.

Cependant, des engagements excessivement rigides peuvent pousser les équipes vers des segments où la qualité ou l'échelle ne sont pas encore suffisantes. Cela s'applique non seulement au capital‑risque, mais à toutes les stratégies dont les modèles d'affaires restent immatures et dont la gouvernance nécessite une intensité plus forte. Le défi consiste à développer des objectifs globaux qui fournissent une orientation et définissent la trajectoire, tout en permettant la flexibilité nécessaire lors de la conception de votre approche d'impact et de vos investissements.

Focalisation géographique : locale, régionale ou mondiale ?

Les thèmes d'impact varient selon leur pertinence géographique. Certains exigent des approches locales liées à des contextes sociétaux spécifiques, comme la santé ou l'inclusion sociale. D'autres bénéficient d'approches régionales — comme la transition énergétique — où la réglementation et les structures de marché se renforcent mutuellement.

D'autres thèmes encore, tels que le climat et la biodiversité, nécessitent un marché mondial pour atteindre une échelle d'impact et une diversification suffisantes. Le positionnement géographique n'est donc pas qu'une question de préférence : il doit tenir compte des thèmes en question et du raisonnement d'impact. En conséquence, les investisseurs doivent se poser les questions suivantes : où une approche locale est‑elle pratique et investissable ? Où l'échelle est‑elle essentielle ? En quoi cela s'aligne‑t‑il avec le mécanisme d'impact ou la logique du thème spécifique ?

Mesurer, communiquer et équilibrer l'impact

En interne, la gestion de l'impact doit s'appuyer sur des données cohérentes, la comparabilité et des mécanismes de gouvernance qui rendent visibles les risques et les progrès. En externe, la communication privilégie la clarté, la transparence et l'accessibilité pour le lecteur, souvent au moyen d'études de cas illustrant les investissements et leur pertinence sociale et environnementale.

Une théorie du changement claire pour chaque thème peut d'abord définir les résultats souhaités, puis identifier les indicateurs pertinents. Certains thèmes, comme la réduction des émissions, permettent de fixer des cibles claires dès le départ. D'autres, comme la restauration de la nature, exigent des indicateurs qui évoluent et des horizons temporels plus longs.

Reconnaître que les indicateurs sont plus développés pour certains thèmes que pour d'autres aide à dresser un tableau plus réaliste et proportionné. En revanche, exiger des indicateurs uniformes et mûrs pour des thèmes plus naissants peut souvent créer des barrières inutiles à l'investissement. Le capital‑risque et les segments similaires sont importants pour développer de nouvelles solutions sur des marchés immatures, mais en même temps les entreprises en phase d'amorçage manquent souvent de données et font face aux défis liés à l'évolution de leurs modèles d'affaires. Une approche patiente et équilibrée des mandats d'impact peut donc aider — en combinant une robustesse interne avec la flexibilité nécessaire pour accueillir l'innovation.

Construire des écosystèmes : collaboration pour amplifier l'impact

Les portefeuilles d'impact dépendent de plus en plus de l'engagement et de la collaboration au sein des secteurs concernés pour maximiser les résultats. Dans le secteur de la santé, par exemple, cela signifie mobiliser les savoirs pratiques, collaborer avec les prestataires de services et identifier conjointement des interventions à fort impact.

La collaboration s'étend à l'écosystème plus large dans lequel évoluent les investisseurs. Développer une expertise, une clarté thématique et des cadres d'impact cohérents peut aider à réduire la fragmentation, les pairs et les prestataires de services apportant des enseignements susceptibles d'améliorer la prise de décision. Des partenaires spécialisés — tels que des hubs de capital‑risque, des initiatives à impact et des organismes d'investissement public — peuvent souvent offrir de l'envergure, de la diversification et de la profondeur, en particulier pour les mandats de moindre envergure.

Le fil conducteur : la maturité organisationnelle

Les mandats d'impact bien exécutés ne naissent pas de l'ambition seule, mais de la traduction de l'intention en structures de gouvernance appropriées, guidées par des objectifs intégrant une marge de manœuvre. La conception des équipes, la gouvernance, la capacité à saisir correctement les opportunités naissantes, le positionnement géographique, les indicateurs d'impact et la collaboration peuvent tous, collectivement, déterminer si l'impact reste une allocation marginale à petite échelle ou devient une discipline centrale. Lorsque ces éléments constitutifs s'alignent, l'impact peut devenir une caractéristique structurelle de l'approche d'investissement globale, et non une simple considération secondaire.
À propos de l’auteur(s)
Angelika Delen

Responsable mondiale de l’investissement à impact et de l’Europe (hors Royaume‑Uni) — Directrice principale de la recherche stratégique

Hill Gaston

Directeur de la stratégie et du conseil en impact

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