Bien concevoir l’Union de l’épargne et de l’investissement
Comment l'Union européenne peut libérer le potentiel de l'épargne des ménages, renforcer ses marchés de capitaux et soutenir durablement sa croissance.
L'Union européenne (UE) dispose d'une opportunité majeure. Environ 10 000 milliards d'euros[1] d'épargne des ménages sont actuellement placés sur des dépôts à faible rendement dans l'UE, des capitaux qui pourraient contribuer davantage à la prospérité des citoyens européens ainsi qu'au financement des priorités stratégiques de l'Union.
La mobilisation ne serait-ce que d'une fraction de ces actifs afin de les orienter vers des investissements à long terme pourrait contribuer à renforcer la résilience financière des ménages, à approfondir les marchés de capitaux européens et à financer les infrastructures énergétiques, de défense et numériques nécessaires à un avenir sûr et durable pour l'UE.
L'Union de l'épargne et de l'investissement, ou Savings and Investment Union (SIU), vise précisément à concrétiser cette ambition.
Marsh estime que les objectifs de la SIU pourraient être soutenus par la création d'un dispositif d'épargne harmonisé à l'échelle de l'UE. Celui-ci serait régi par un cadre commun et accessible dans l'ensemble des États membres. La recommandation de la Commission européenne 2025/2029 préconise l'introduction de tels dispositifs dans les États membres de l'UE.[2]
Pour être efficaces, les nouveaux dispositifs d'épargne devront, selon nous, être simples, bénéficier d'un régime fiscal avantageux, être accessibles en priorité par voie numérique et présenter un niveau de cohérence suffisant entre les États membres, jusqu'à être potentiellement entièrement transférables d'un pays à l'autre. Ils devront surtout être faciles à comprendre et à utiliser pour les citoyens.
Trois recommandations clés
Accroître la participation des investisseurs particuliers ne constitue que la première étape. L'ouverture de comptes et l'accumulation d'actifs sont des indicateurs importants du succès initial, mais ils ne représentent pas l'objectif ultime.
La SIU ne pourra atteindre ses objectifs économiques et stratégiques plus larges que lorsque l'épargne des ménages sera orientée vers des investissements productifs dans l'économie réelle. Il s'agit d'une évolution comportementale de long terme, qui s'inscrira dans une logique générationnelle et dont les bénéfices se matérialiseront progressivement.
Des incitations fiscales claires, transparentes et prévisibles pour les épargnants particuliers seront donc essentielles à la réussite du dispositif.
Les produits proposés devront être simples et compréhensibles. Une possibilité consisterait à lancer des produits multi-actifs standardisés, proposés sous marque blanche et classés selon leur niveau de risque. Ces produits investiraient dans un éventail d'instruments, d'actifs et de fonds d'investissement.
À mesure que les encours augmenteraient, l'univers d'investissement de ces produits pourrait évoluer. À terme, une part croissante des capitaux pourrait ainsi être orientée vers les secteurs de l'énergie, de la défense, du numérique et de l'industrie, qui constituent le socle de la compétitivité et de la résilience européennes.
Cette évolution devrait être considérée comme une ambition pluriannuelle, plutôt que comme une exigence de conception à satisfaire dès le lancement.
Une analyse récente de l'Autorité européenne des marchés financiers, l'ESMA, vient conforter cette approche. Elle montre que la participation des investisseurs particuliers est limitée non pas par un obstacle unique, mais par une combinaison de barrières réglementaires et non réglementaires.
Les modèles internationaux ayant rencontré le plus de succès démontrent l'importance de la simplicité. Le compte d'investissement suédois Investeringssparkonto (ISK) et le compte d'épargne individuel britannique Individual Savings Account (ISA) présentent des structures différentes, mais tous deux ont atteint un large niveau d'adoption grâce à une conception simple, à un traitement fiscal clair et à une grande facilité d'utilisation.
L'objectif de simplicité pourrait être atteint de plusieurs manières. Par exemple, les versements autorisés pourraient être exonérés d'impôt sur les revenus générés ainsi que sur les plus-values, dans la limite de plafonds annuels de contribution.
Idéalement, un compte unique devrait pouvoir être transféré d'un prestataire à l'autre, tandis que le passage d'un produit à un autre devrait être fluide. Ces mesures devraient être accompagnées d'un programme coordonné d'éducation et de sensibilisation financières.
La concrétisation de la vision de la SIU, soutenue par un nouveau cadre européen de l'épargne, nécessitera un engagement politique de la Commission européenne, des États membres et des acteurs du secteur de l'épargne et de l'investissement.
L'un des principaux risques ne réside pas dans un manque d'ambition, mais dans la fragmentation, avec la multiplication de variantes nationales qui recréeraient les barrières mêmes que la SIU cherche à supprimer, ou dans l'inertie : des annonces de politique publique, éventuellement accompagnées de la création de nouveaux produits, mais sans évolution fondamentale des comportements d'épargne et des flux de capitaux.
Pourquoi c'est important
Selon nous, la SIU représente une transformation structurelle générationnelle de la manière dont les citoyens européens épargnent et investissent. Elle pourrait convertir une épargne actuellement inactive en capital productif, renforcer la résilience financière des ménages et soutenir les priorités économiques et stratégiques de long terme de l'Europe.
De nombreux sujets devront encore être examinés, des modalités devront être définies et différentes étapes devront être franchies pour concevoir et déployer un cadre européen de l'épargne efficace.
Marsh estime néanmoins que l'ampleur des bénéfices potentiels et l'importance stratégique du projet pourraient avoir un impact transformateur.