Nous évoluons. Mercer fait désormais partie de la nouvelle marque unique Marsh

Comment les systèmes d’agents IA vont remettre en question et changer votre entreprise ? 

Les agents IA ont le potentiel d’augmenter l’efficacité, d’accélérer l’agilité et d’améliorer  la productivité. La question n’est pas seulement de savoir comment automatiser ou augmenter la production, mais aussi comment transformer le modèle opérationnel, en équilibrant le talent humain avec les agents IA pour un impact durable.

Aperçu

  1. L’IA agentique diffère de l’IA générative en planifiant, décidant et exécutant des tâches de manière autonome avec un minimum d’apport humain.
  2. Ce nouveau modèle d’agents IA crée des cas d’usage pour la transformation du travail au-delà même des anciens modèles.
  3. Il y a un potentiel d’impact significatif sur les performances de l’entreprise, en stimulant la transformation dans le travail opérationnel, en contact direct avec les clients et sur le travail intellectuel.
  4. Pour réussir, les entreprises doivent répondre à huit facteurs de changement clés.
  5. L’exécution d’un système opérationnel optimisé par l’IA nécessite une refonte du travail et une adaptation des talents, des compétences et des stratégies de gestion du changement pour orchestrer en permanence la combinaison optimale de talents humains et d’agents d’IA.

En quoi les modèles d’agents IA sont-ils différents et pourquoi devraient-ils être importants pour les cadres dirigeants ?

L’IA agentique représente une nouvelle génération d’IA. Contrairement aux modèles précédents, l’IA agentique peut planifier, prendre des décisions et exécuter des tâches avec une supervision humaine minimale. Pour les chefs d’entreprise, cette distinction est importante : elle fait passer l’IA d’un outil qui stimule la productivité à une capacité stratégique qui remodèle la façon dont le travail est effectué et où la valeur est créée.

Les signes de cette évolution se multiplient. Les recherches de Salesforce révèlent que 80 % des responsables en ressources humaines s’attendent à ce que salariés et agents IA travaillent ensemble dans les 5 prochaines années. Les recherches mettent en évidence un paradoxe : une expérimentation massive de l'IA générative mais un impact limité sur les bénéfices jusqu'à maintenant. Cela constitue un bon argument pour passer au-delà de l’utilisation d’outils d’IA génératifs pour se diriger vers des agents évolutifs, axés sur des objectifs, qui exécutent un travail réel et fournissent des résultats mesurables. En complément de cela, une étude récente du {ut}MIT{ut} indique un impact mesurable faible ou nul sur les profits et pertes (P&L), renforçant la nécessité de concevoir des flux de travail intégrés et de réfléchir aux résultats attendus dès le départ.

IA agentique IA générative 
Axé sur les objectifs Axé sur la créativité
Exécution de tâches Génération de contenu
Prise de décision indépendante Génération basée sur des modèles
Grande autonomie Autonomie variable 
Automatisation et flux de travail Création et personnalisation de contenu

Au fur et à mesure que les capacités des agents s’étendent, notre idée sur la nature et la conception du travail lui-même doit également évoluer. L’IA agentique permet une automatisation sans précédent des flux de travail complexes en intégrant des tâches cognitives sophistiquées et en accédant à diverses sources de données au-delà de ce que les humains peuvent faire. Une stratégie de transformation par l’IA réussie doit donc équilibrer l’adaptation en toute sécurité des systèmes existants pour la continuité opérationnelle et soutenir une innovation rapide pour pérenniser l’entreprise

Alors que l’IA modifie les modèles économiques des entreprises, les agents serviront d’interface principale entre les utilisateurs (y compris les partenaires commerciaux, les clients et les employés) et les systèmes. Toute application destinée aux entreprises ou aux consommateurs est appelée à devenir un outil auquel les agents pourront accéder ; l’adoption du Model Context Protocol d’Anthropic illustre ce mouvement en permettant un accès transparent à travers des applications d’entreprise cloisonnées. 

L’évolution de l’IA agentique

Grâce à leur conception axée sur les objectifs, les agents intégrés aux entreprises permettent aux organisations d’orchestrer le travail entre les humains et l’IA, générant des gains de performance mesurables et un avantage stratégique. 

Dans une enquête de 2025, environ 29% des grandes entreprises ont déployé de l’IA agentique ou des agents autonomes avancés, avec 44% de projets supplémentaires prévus pour l’année prochaine. D’ici 2026, jusqu’à 40% des applications d’entreprise devraient comporter des agents IA spécifiques à certaines tâches, étendant l’empreinte de cette technologie au-delà des 5% actuels (2025) et faisant de l’IA agentique un composant central des architectures informatiques d’entreprise. 

L’adoption rapide provoque une transformation des activités opérationnelles, des fonctions en contact avec la clientèle et des tâches intellectuelles. Citibank prévoit que l’IA agentique «stimulera efficacement l’économie « Do It For Me »». Les études indiquent que lorsque des systèmes autonomes orientent les choix (plutôt que ceux‑ci soient pilotés par l’utilisateur), cela modifie le champ concurrentiel : l’évaluation se fait désormais sur les performances et les résultats, non sur l’attachement à la marque. Par exemple, un agent ne se préoccupe pas de la durée de la relation d’un client avec son assureur actuel ; il recommandera simplement la solution qui offre le meilleur résultat.  

Figure 1. Analyses sectorielles approfondies : Cas d’utilisation de l’IA agentique
This chart is unable to display due to Privacy Settings.
The chart could not be loaded because the Privacy Settings are disabled. Under the "Manage Cookies" option in the footer, accept the “Functional cookies” and refresh the page to allow the chart to display.

Coordination entre humains et agents d’IA : Pérenniser la transformation

L’IA agentique constitue une opportunité stratégique pour repenser les rôles, les processus, les indicateurs et la gouvernance, afin de transformer les investissements en valeur durable pour l’entreprise. À mesure que les capacités de l’IA agentique évoluent, comment les dirigeants assureront-ils la pérennité de leur modèle opérationnel ?

La réponse réside dans un système opérationnel enrichi par l’IA (AOS). Dans ce modèle, l’IA irrigue toute la chaîne de valeur afin de favoriser une réinvention continue, des gains de performance exponentiels et un travail plus accessible et plus humain. Cela suppose un écosystème structuré autour de huit leviers de transformation clés :

1. Infrastructure intégrée 

  • Des agents intégrés aux systèmes, aux données et aux processus de l’entreprise pour percevoir, décider et agir. Des interfaces standardisées (interfaces de programmation applicative, API) et l’accès aux outils de l’entreprise (tels que l’automatisation robotisée des processus, les progiciels de gestion intégrés ou les systèmes de gestion de la relation client) permettent le passage à l’exécution.  Pour les grandes organisations aux processus hétérogènes, les agents peuvent également contribuer à institutionnaliser les meilleures pratiques et une meilleure qualité des données, créant ainsi un effet multiplicateur sur la croissance et l’efficacité.

  • Des agents d’IA fondés sur des sources externes vérifiables afin d’améliorer la fiabilité factuelle. Des technologies comme la génération augmentée par la recherche (retrieval-augmented generation), qui permet aux systèmes d’IA d’accéder en temps réel à des données pertinentes issues de sources externes de confiance, rendent cela possible. Mais le choix des sources de référence n’est pas un enjeu technique : c’est un enjeu organisationnel. La détermination des connaissances et des données à utiliser nécessite une  gouvernance stratégique  claire.

  • Les données doivent être envisagées comme une chaîne d’approvisionnement pilotée, et non comme un actif statique. À mesure que les solutions d’IA agentique s’appuient de plus en plus sur des plateformes tierces, des API et des infrastructures cloud, une gestion rigoureuse des fournisseurs (feuilles de route, interopérabilité, contrats, risques) ainsi qu’une orchestration efficace de l’écosystème tout au long de la chaîne de valeur de l’IA deviennent indispensables.
  • Plutôt que de se concentrer uniquement sur les coûts de main-d’œuvre traditionnels (tels que les salaires et les avantages des employés à temps plein, FTE), l’approche du  coût total du travail  (total cost of work, TCoW) permet d’harmoniser les coûts entre différentes sources de travail, y compris les prestataires externes et le travail numérique, afin de comparer les investissements sur une base homogène
Coûts du travail (humain et IA)
  • Employés à temps plein
  • Sous-traitants et travailleurs temporaires
  • Coûts opérationnels de l’IA agentique
Coûts de fournisseur et d’externalisation
  • Externalisation traditionnelle
  • Frais de service IA/robotique
Charges d’investissement
  • Systèmes d’IA
  • Investissements dans les infrastructures
  • Alliances/partenariats
Retour sur travail (RoW) = Revenus totaux / Coût total du travail (TCoW)

L’approche TCoW reflète une  réalité en pleine évolution : le travail ne se limite plus au modèle classique employeur‑salarié, mais s’étend à un ensemble d’agents humains, numériques et automatisés. En appliquant le TCoW, les entreprises peuvent mettre en regard ces coûts globaux et les retours attendus afin de prendre des décisions éclairées sur le niveau d’automatisation, les domaines de déploiement des agents d’IA et l’optimisation des modèles de main-d’œuvre hybrides. Par conséquent, tous les coûts associés à l’exécution du travail sont pris en compte, notamment :

  • Coûts de la force de travail traditionnelle (employés à plein temps, sous-traitants, travailleurs indépendants)
  • Coûts liés aux travailleurs indépendants et aux plateformes de talents.
  • Coûts d’externalisation et des fournisseurs, incluant les services d’IA et de robotique
  • Dépenses d’investissement liées aux technologies et aux alliances stratégiques, amorties sous forme de charges annuelles de capital 

2. Leadership du travail hybride humain‑IA

  • Les dirigeants mettent en œuvre des programmes de transformation qui embarquent les équipes, en tenant compte de l’impact du passage des applications aux agents sur leurs modèles d’affaires. Une vision claire de la collaboration entre humains et IA suppose que les dirigeants, à tous les niveaux, soient responsables d’une transformation durable et d’une réinvention continue, au rythme de l’évolution des capacités de l’IA.

  • Le leadership implique de piloter des équipes hybrides, de porter l’innovation par l’IA et d’arbitrer entre automatisation et talents.

3. Donner aux employés les moyens d’agir

  • Une communication transparente sur ce que les agents IA peuvent ou ne peuvent pas faire, et sur la manière dont ils soutiennent les collaborateurs sans les remplacer, instaure la confiance plutôt que d’alimenter les craintes.

  • Favoriser l’appropriation collective et la préparation au changement en co‑créant avec les équipes de terrain et en alignant les incitations sur les gains de productivité, y compris par la montée en compétences et la mobilité de carrière.

4. Nouveaux cadres de gouvernance

  • Cadres éthiques et juridiques :  la nouvelle gouvernance précise les droits de propriété intellectuelle, les usages des données et les responsabilités, tant pour les contributions de l’IA que pour le travail humain, afin de garantir une clarté éthique et juridique dans des environnements augmentés par l’IA. Par exemple, dans les industries créatives, les contrats précisent la répartition de la propriété entre les contenus générés par l’IA et les apports humains, afin de préserver l’avantage concurrentiel et la conformité réglementaire.

  • Contrôle de la qualité et gestion des risques :  les dirigeants mettent en place et supervisent des cadres de cybersécurité rigoureux et auditables afin de faire face à une nouvelle vague de risques cyber. Par exemple, des acteurs malveillants peuvent manipuler les LLM au niveau des prompts et amener des agents à divulguer des données sensibles ou à exécuter des actions non intentionnelles. Les hallucinations des modèles ne dégradent pas seulement l’expérience utilisateur ; elles peuvent aussi exposer l’entreprise à des risques juridiques et de conformité, en particulier dans des secteurs réglementés comme la banque et l’assurance. Les cadres de responsabilité définissent clairement l’imputabilité des décisions et des risques liés à l’IA, tandis que des indicateurs standardisés permettent d’évaluer les résultats de l’IA au regard des objectifs de l’organisation.

  • Systèmes collaboratifs et adaptatifs :  la gouvernance soutient le partage des connaissances facilité par l’IA et intègre des dispositifs de suivi en temps réel pour piloter des flux de travail dynamiques. Cela déplace l’attention des rôles traditionnels vers des cycles de travail fondés sur les tâches et les projets, associant humains et agents d’IA, qu’il s’agisse de missions de courte durée ou de projets de long terme. Par exemple, les entreprises technologiques utilisent des plateformes cloud sur lesquelles les collaborateurs et les agents d’IA mettent à jour les données de projet de manière collaborative, tandis que des systèmes de supervision suivent l’avancement et la conformité. 

5. Nouvelles structures organisationnelles

  • Les entreprises doivent privilégier des structures adaptatives, comme les modèles de plateforme, plutôt que des hiérarchies rigides, afin de gagner en agilité. L’innovation technologique s’articule avec une stratégie de main‑d’œuvre capable de prendre en charge, de manière fluide, un modèle hybride combinant employés à temps plein, travail à la demande et travail numérique.

  • Une approche audacieuse pour gérer la complexité de la transformation portée par l’IA consiste à regrouper les fonctions RH et numériques sous une direction unique, comme l’a fait Moderna en créant le poste de Chief People and Digital Technology Officer. Ce rôle fait le lien entre la stratégie talents et l’innovation technologique pour mener une transformation numérique ambitieuse, en harmonisant la gestion des équipes et des agents, les outils digitaux et une prise de décision éclairée par les données. 

6. Une culture de collaboration harmonieuse entre l’humain et l’IA, fondée sur la transparence

  • Les collaborateurs sont invités à faire confiance à l’IA afin d’en exploiter pleinement le potentiel. Un moyen d’y parvenir consiste à reconnaître et valoriser non seulement les résultats, mais aussi la capacité à identifier les problèmes et à repenser les processus. Un autre levier consiste à mettre en place des dispositifs incitatifs pour encourager les collaborateurs à intégrer l’IA dans leur travail, par exemple en récompensant ponctuellement le développement d’agents innovants qui réduisent les délais et les coûts d’un processus ou renforcent la productivité humaine.

  • La capacité à maintenir la croissance repose sur une culture de l’expérimentation responsable, offrant un cadre sécurisant qui encourage l’initiative et l’innovation à grande échelle. La mise en place d’"environnements d’expérimentation dédiés aux agents d’IA" offre aux collaborateurs un cadre sécurisé pour tester de nouvelles solutions, tout en limitant les risques avant leur déploiement. Lorsque les expérimentations, menées dans un cadre sécurisé, démontrent un retour sur investissement tangible, elles peuvent être généralisées, tout en reconnaissant et en récompensant ceux qui portent l’innovation.

7. Une approche pragmatique des processus

  • À mesure que la technologie progresse, les cas d’usage des agents d’IA ne feront que se multiplier, donnant naissance à des processus repensés pour une exécution conjointe entre l’humain et l’IA. Cette évolution permet aux dirigeants d’accroître leur agilité et de recentrer leurs efforts sur les priorités stratégiques à forte valeur ajoutée.

  • Pour opérer une transformation réelle, la technologie doit s’accompagner de processus adaptatifs et de stratégies de gestion des talents agiles, intégrant pleinement les agents d’IA dans les opérations quotidiennes. Cela implique de repenser les processus afin d’intégrer les agents d’IA comme de véritables collaborateurs, capables de prendre en charge des tâches cognitives routinières ou complexes, pour permettre aux équipes de se concentrer sur des activités stratégiques à forte valeur ajoutée. La prise de décision, le partage des connaissances et le management de la performance doivent évoluer afin d’accompagner cette nouvelle collaboration entre l’humain et l’IA. À titre d’exemple, l’intégration de points de validation dans les processus permet d’assurer la qualité et la conformité des résultats de l’IA, sans freiner l’expérimentation ni l’apprentissage.  

8. La force des compétences 

  • Les agents IA vont profondément faire évoluer les compétences nécessaires au travail. Permettez la montée en compétences continue des collaborateurs, depuis les activités en déclin vers celles en pleine émergence, en s’appuyant sur les données RH et les signaux issus des agents d’IA pour anticiper les besoins futurs.

  • Déployez des programmes ouverts de culture IA et de parcours professionnels, soutenus par des contenus de formation personnalisés, afin de combler les écarts de compétences et d’accompagner les aspirations des collaborateurs. Les approches « skills‑first » de Mercer et ses ressources dédiées aux compétences de demain illustrent concrètement comment accompagner cette transition.

Où commencer avec l’IA agentique ?

Les dirigeants peuvent poser les bases d’un succès durable avec l’IA agentique en adoptant une démarche structurée : lancer des programmes pilotes, tester l’IA agentique par cycles courts dans des domaines clés, en tirer des enseignements, puis déployer la transformation à plus grande échelle. Se concentrer sur des cas d’usage à impact immédiat constitue un levier efficace pour installer la confiance et accélérer la dynamique de transformation.  Impliquer les dirigeants à tous les niveaux faciliterait davantage la conduite du changement.  Il est important de développer des directives initiales pour garantir une utilisation responsable et conforme de l’IA. 

Pour faciliter une adoption ultérieure, continuez à examiner l’infrastructure existante et les dépenses en capital pour soutenir un déploiement efficace de l’IA, tout en établissant des KPI clairs pour mesurer l’impact et la durabilité de vos initiatives d’IA.  Grâce à une communication ouverte, à une culture d’apprentissage continu et à une gestion du changement structurée, la mise en œuvre devient plus fluide et permet à l’organisation de tirer pleinement parti des bénéfices d’une transformation portée par l’IA. 

 L’IA agentique deviendra‑t‑elle la pierre angulaire d’une entreprise plus forte et plus humaine, ou un socle fragile qui se fissure sous le poids du changement ?  L’avenir qui attend votre entreprise dépend de la façon dont vous concevez votre travail. En se concentrant sur huit leviers de changement, les dirigeants peuvent bâtir un AOS qui tire le meilleur à la fois des collaborateurs et des agents IA, avec un impact visible sur le compte de résultat. 

À propos du ou des auteur(s)
Ravin Jesuthasan

Senior Partner, Global Transformation Services Leader

Padma Ramanathan

Global Program Lead, Work and Skills

George Zarkadakis

Managing Partner, Lake Blue GmbH

.
    Solutions liées
      Informations connexes